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« Apprendre en s’amusant », c’est le nom de certains outils pédagogiques à destination des enfants ; c’est le vœu pieux de l’Education Nationale, mais c’est un sujet encore trop souvent tabou dans le monde professionnel où le Prestataire de Services intellectuels, fier de son étiquette d’« intellectuel », prend souvent des poses imitées du professeur de fac. La posture de celui qui sait et explique à ceux qui ne savent pas.

Expérimenter l’expérimentation

Pouvez-vous imaginer un professeur d’œnologie qui se contenterait de montrer des bouteilles en discourant d’après les étiquettes ?

Le ridicule d’une telle proposition saute immédiatement aux yeux et cependant grand nombre de prestataires de services intellectuels appliquent aujourd’hui encore dans leur domaine de compétence cette étrange méthodologie qui consiste à remplacer l’appropriation par le didactisme sans en soupçonner un instant le caractère décalé.

C’est que les formateurs, consultants, coachs, auditeurs, conseils en entreprise, conférenciers, mentors, managers de transition, managers à temps partagé, consultants RH, facilitateurs, etc. oublient trop souvent que l’objet de leur prestation de services intellectuels est de faire progresser les individus, c’est-à-dire d’agir en profondeur sur leur comportement. Or, les psychologues, depuis l’époque de Maria Montessori, s’accordent sur le fait que le comportement de l’individu s’affirme par les expériences qu’il peut faire sur son environnement.

En effet, ce sont les expériences qui à la longue développent l’Expérience et c’est pourquoi la prestation de services intellectuels doit être pour le client l’occasion d’expérimenter quelque chose (une pratique, une méthode, une manière de voir, etc.) et non de prendre docilement des notes. Le prestataire, dans sa démarche de transmission, doit ainsi donner à toucher, donner à faire. On n’est pas ici dans un stage d’observation où l’on apprend au mieux comment les choses marchent, mais on où n’apprend jamais à les faire marcher. Le client doit être poussé à la découverte car, ainsi que le disait Confucius il y a déjà 2500 ans, « l’expérience est comme une bougie qui n’éclaire que celui qui la porte », autrement dit on ne peut pas faire bénéficier les autres de son expérience avant qu’ils aient eux-mêmes expérimenter. C’est le cas de l’enfant auquel on répète tous les jours qu’il ne faut pas se balancer sur une chaise sous peine de tomber et qui recommence jusqu’à ce qu’une mauvaise chute lui fasse enfin retenir la leçon. C’est le cas de tous les adultes qui, à ce jeu-là, ne sont jamais que des grands enfants et qui, avant d’avoir essayé par eux-mêmes, continueront obstinément d’en faire à leur tête malgré les boniments des « professeurs de fac ».

Les nouvelles règles du jeu

Ce point admis, comment faire pour que l’expérience porte des fruits (entendez par-là des bons fruits bio, sans pesticides) ? Pour réussir ce tour de force, le prestataire de services intellectuels doit relever trois défis : intéresser, transformer et pérenniser.
Selon le psychologue sir Ken Robinson, qui a étudié les faiblesses du système scolaire américain, il est impératif en premier lieu « d’inciter à la curiosité ». Le prestataire de services intellectuels doit donc tout d’abord se montrer inventif ; ce qui tombe plutôt bien puisqu’il est justement payé par son client pour inventer !

Pourtant, même en employant Prezi ou Slides à la place de l’éternel PowerPoint, même en choisissant une police de caractères un peu originale, il est bien difficile de créer la surprise avec les moyens classiques. Au contraire l’approche ludique, en elle-même assez déconcertante dans le cadre de l’entreprise, incite aussitôt à la curiosité et facilite l’adhésion par son côté séduisant.

Réussir à désarmer l’orgueil, c’est le défi suivant pour tout prestataire de services intellectuels. En effet, d’après les travaux de Milton Erickson (encore un psychologue !), la principale difficulté que les hommes rencontrent dans leur progression personnelle réside dans le déni de leurs problèmes et le rejet des solutions, assimilées à une remise en cause humiliante. Par la méthode classique, « frontale », le prestataire de services intellectuels manquera malheureusement son objectif puisque son interlocuteur se fermera comme une huître au premier mot. Par la méthode ludique, en revanche, les solutions, suggérées plus subtilement par le jeu, franchiront toutes les zones de blocage au nez et à la barbe de l’orgueil pour atteindre le sujet en profondeur.

Le dernier défi du prestataire de services intellectuels est de voir les progrès initiés s’inscrire dans la durée. Là encore, parce qu’il tranche sur le quotidien professionnel, le jeu sera plus mémorable qu’un support classique, et ses enseignements plus durables.

Avec cela, que les prestataires de services intellectuels n’aient pas peur d’être pris pour des rigolos parce qu’ils proposent un contenu ludique : il n’y a pas que les serious game qui soient sérieux et lorsque le monde de l’entreprise est en perpétuelle mutation il faut bien savoir de temps à autre adapter les règles du jeu !

Références :